« L’enseignement catholique ne laisse pas indifférent en ce qu’il s’inscrit dans un projet éducatif singulier, il interroge naturellement mais il est trop souvent victime de caricature, distorsions, généralisations tristement éloignées de la réalité.
Les préjugés portent souvent sur deux aspects, l’économie, avec l’idée que l’enseignement catholique serait excessivement subventionné, et la sécurité des élèves, remise en cause sur la base de certains passifs avérés.
Concernant les « subventions », il s’agit en réalité de forfait versé par l’État et les collectivités territoriales c’est-à-dire des sommes dues par l’État depuis la loi Debré de 1959 comme nous sommes sous contrat et que nous participons au service public d’éducation. Par ailleurs, il faut rappeler que le coût d’un élève scolarisé dans l’enseignement catholique est en réalité moindre pour la collectivité qu’un enfant scolarisé dans le public [1]. Quant à la sécurité des jeunes accompagnés, nous garantissons aujourd’hui un climat serein avec une responsabilité et une vigilance partagée. Nous offrons une maison sûre. Et ce terme de « sûr » est volontairement polysémique en ce qu’il évoque tant la sûreté que notre certitude. Toute la communauté éducative du 1er degré a été formée à la protection des populations fragiles. Celle du 2e degré est à venir [2]. Aujourd’hui, la systémie de la sûreté a supplanté la systémie du doute.
L’autre point majeur sur lequel nous sommes interpellés est relatif à notre valeur-ajoutée. Dans une société qui n’est plus de culture chrétienne, le projet de l’enseignement catholique reste méconnu et comme notre scolarité implique une participation financière, de nombreuses familles nous questionnent légitimement.
La promesse de nos intentions peut se lire dans notre signature : « Enseignement catholique, bien plus que l’enseignement ». En ce qui concerne la transmission des savoirs, nous visons l’excellence pour tous, il n’existe donc pas d’enjeu à cet égard. En revanche, notre singularité réside dans notre proposition.
Dans une société disruptive où le sens commun est fragilisé par des récits corporatistes où tout se vaut et s’érige au même niveau, nous déployons une réflexion sur le sens de la vie afin de favoriser une manière d’être personnelle et collective orientée vers le bien commun. Au-delà de la culture religieuse qui permet une meilleure compréhension du monde et de notre histoire (mais qui n’interroge nullement la conscience de chacun puisque la culture est extérieure à soi !), nous initions un approfondissement spirituel et catéchétique à ceux qui le souhaitent, pensé sur le mode du dialogue et de la liberté d’expression, plus que sur celui du conditionnement.
Nous envisageons l’enseignement comme un chemin de croissance qui prend en compte toute la personne humaine, avec ses dimensions spirituelles, intellectuelles, physiques, relationnelles, émotionnelles… et qui est attentif aux plus fragiles. Dans un monde BANI [3] (brittle – fragile, anxieux, non-linéaire, incompréhensible), où les jeunes générations sont plus détachées que jamais, nous les invitons via l’Enseignement Catholique à renouer avec une mise en présence au monde et à eux-mêmes en les ancrant dans le réel. Plus que des enseignants, nos professeurs sont des éducateurs. Acte pédagogique et acte éducatif sont, de notre point de vue, intimement liés.
D’aucuns pourraient s’étonner de ces parcours en prétextant « la laïcité à la française » (séparation du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel), mais il est impératif de ne pas confondre « laïcité » et « laïcisation » extrême de nos sociétés qui tendrait à reléguer l’aspect religieux au seul domaine privé, faisant de ces sujets une affaire personnelle bâillonnée et tue. Ce qui s’apparente davantage à du fondamentalisme inversé, plus anesthésiant, plus doux mais tout aussi terrible ! Surtout, dans une France pluraliste il est acceptable de soutenir que le culte chrétien puisse exister au travers d’un enseignement qui vise à faire grandir les jeunes dans leur vie humaine et spirituelle.
D’autant qu’une des forces de nos établissements réside dans le cadrage qui s’illustre dans « la règle » et le sens de la règle. Si la bienveillance sans exigence est vaine pour s’améliorer, l’exigence sans bienveillance dessèche tous les apprentissages. Nous veillons à ce que le cadrage crée les conditions propices à l’apprentissage de chacun et au vivre-ensemble. Nous attachons aussi une importance cruciale à établir un climat de sérénité, surtout quand on sait que certains jeunes ressentent une vraie anxiété existentielle.
Ainsi, l’Enseignement Catholique se déploie autour de trois axes indissociables : l’intégralité, en accompagnant chaque élève dans toutes les dimensions de son être ; l’intégrité, en cultivant la cohérence entre ce qui est transmis et ce qui est vécu ; et l’intégration, en ouvrant chacun à la fraternité et à la construction collective. C’est dans cet équilibre que se joue notre mission : faire grandir des personnes libres et responsables au service d’elles-mêmes et du bien commun dans un climat de liberté. »
[1] 6 830 € de financements publics pour un écolier scolarisé dans le public VS 3 120 € pour le même écolier scolarisé dans l’Enseignement Catholique. Observatoire des finances et de la gestion publique publiques (2019).
[2] Le Programme de Protection des Publics Fragiles (3PF) de l’Enseignement Catholique vise à prévenir les situations de maltraitance et à promouvoir la bientraitance éducative.